Les quotas tarifaires ne sont pas une solution pour le secteur canadien de l’aluminium

par Jean Simard
18 août 2025
Alors que les négociateurs canadiens évaluent leurs options face aux politiques commerciales coercitives de l’administration Trump, un mécanisme a été présenté comme une alternative viable aux tarifs douaniers : les quotas tarifaires (QT).
Même si les quotas tarifaires peuvent sembler politiquement opportuns, ils sont loin d’être une solution universelle. Empruntés à des accords conclus récemment avec d’autres partenaires commerciaux, les quotas tarifaires ne sont pas une panacée commerciale. Pour les États-Unis, ils peuvent sembler être un outil permettant de protéger l’industrie nationale, mais en réalité, ils limiteraient une source d’approvisionnement fiable, augmenteraient la volatilité et pousseraient les acheteurs vers des alternatives plus coûteuses et moins sûres.
Le secteur canadien de l’aluminium est une industrie stratégique de minéraux critiques, sur laquelle les États-Unis comptent depuis plus d’un siècle et continuent de compter aujourd’hui encore. Les quotas tarifaires remettraient en cause la stabilité et l’effet de levier de notre industrie sur la chaîne de valeur nord-américaine.
L’aluminium n’est pas une matière première comme les autres
La production d’aluminium nécessite un approvisionnement en électricité important, stable et à prix compétitif, l’énergie représentant environ 40 % des coûts de production. Cette dépendance expose l’aluminium de manière unique aux fluctuations du marché de l’énergie, mais lui confère également une position stratégique unique dans les négociations commerciales.
Les États-Unis produisent seulement 670 000 tonnes d’aluminium primaire par an, alors qu’ils en consomment près de 5 millions de tonnes. Le Canada fournit plus de 70 % des importations américaines d’aluminium, loin devant des sources telles que le Moyen-Orient et l’Inde. Ces 2,7 millions de tonnes envoyées chaque année aux États-Unis nécessitent 40 millions de mégawattheures d’électricité, soit plus que la production annuelle de quatre barrages Hoover. Cela suffit pour alimenter 460 centres de données, tout l’État du Nevada, 3,7 millions de foyers ou les populations combinées du Vermont, de l’Alaska, du Delaware, du Rhode Island et du New Hampshire.
La capacité de production des alumineries américaines s’est effondrée, passant de 22 usines il y a quarante ans à seulement quatre usines fonctionnant à moitié de leur capacité, en raison de la déréglementation du secteur énergétique dans les années 1980 et des pratiques non commerciales de la Chine. Dans l’économie actuelle axée sur l’intelligence artificielle, la principale concurrence pour les alumineries américaines n’est pas la Chine ou le Canada, mais les centres de données prêts à payer beaucoup plus cher l’électricité que les alumineries ne peuvent se le permettre.
La stratégie logique des États-Unis consiste à continuer d’importer de l’aluminium canadien propre et fiable et à libérer leur propre réseau électrique pour d’autres industries à forte valeur ajoutée.
Ni les tarifs douaniers ni les quotas tarifaires n’ont de sens
Je préférerais que l’on vive dans un monde où nous n’aurions pas à débattre des avantages ou des inconvénients des tarifs douaniers par rapport aux quotas tarifaires. Ni l’un ni l’autre n’est souhaitable ni n’a de sens compte tenu de la dynamique du marché nord-américain de l’aluminium.
Heureusement et malheureusement pour le marché américain, les producteurs canadiens, qui disposent d’installations de classe mondiale, peuvent vendre sur les marchés mondiaux et, de plus en plus, expédier leurs produits vers l’Europe, ce qui oblige les États-Unis à rester compétitifs en matière de prix s’ils veulent récupérer cet approvisionnement.
Les quotas tarifaires ne conviennent pas à l’aluminium
Il est trompeur de se référer aux quotas tarifaires convenus dans les accords commerciaux conclus avec l’Union européenne, le Royaume-Uni ou le Japon. Les exportations combinées d’aluminium de ces régions vers les États-Unis sont négligeables :
- Le Japon ne produit pas d’aluminium primaire.
- Le Royaume-Uni n’en exporte pas vers les États-Unis.
- L’Union européenne en exporte au maximum 175 000 tonnes par an, soit l’équivalent de seulement trois semaines d’expéditions canadiennes.
Dans ces contextes, les quotas tarifaires sont symboliques. Pour le Canada et les États-Unis, ils seraient économiquement préjudiciables.
Pourquoi le Canada doit rejeter les quotas
Le Canada n’a aucune raison d’accepter des quotas, quels qu’ils soient. Si, comme certains l’ont suggéré, des dirigeants tels que Donald Trump sont davantage influencés par des pertes visibles et immédiates que par des promesses de gains futurs, alors l’absence soudaine d’aluminium canadien aura plus d’impact que n’importe quelle concession.
L’aluminium canadien est le pilier de l’industrie américaine de l’aluminium : un travailleur canadien soutient 13 travailleurs américains dans ce secteur. Céder son potentiel de croissance future sur un plateau d’argent serait une erreur stratégique.
Le Canada devrait plutôt miser sur ses atouts – énergie propre, approvisionnement sûr et pertinence sur le marché mondial – pour protéger ses intérêts à long terme. Et, en collaboration avec l’industrie américaine, nous devrions nous concentrer collectivement sur la protection et la croissance de la forteresse nord-américaine, grâce à des emplois bien rémunérés.
Jean Simard est président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada et co-préside le Conseil commercial Canada-États-Unis.
